Sexothérapeute, conseillère conjugale, mariée depuis 25 ans et mère de six enfants, Hélène Dumont répond à une question qui hante les couples qui durent : peut-on encore désirer quelqu’un qu’on connaît par cœur ?
Le paradoxe des couples qui tiennent
On veut rester toute sa vie avec la même personne. Et c’est souvent la durée elle-même qui semble étouffer le désir [00:01]. On connaît les vêtements, les routines, le petit-déjeuner. Alors, est-ce normal de ne plus avoir envie ?
Hélène Dumont refuse le fatalisme. Le vrai sujet n’est pas « la flamme qui s’éteint », mais comment garder une juste tension entre le quotidien et l’extraordinaire [00:10].
Quand l’agenda tue le désir
Souvent, le couple remplit trop l’agenda : enfants, travail, vie sociale. Le désir passe après. « L’autre peut attendre, il est grand » [00:02]. Sauf que les enfants, eux, ne peuvent pas attendre — et le désir, s’il attend trop longtemps, s’éloigne.
Ce n’est pas seulement une question d’emploi du temps. Remplir l’agenda peut aussi être une façon inconsciente de prendre de la distance avec l’autre [00:02]. Résultat : la sexualité se vide, sans qu’on ait vraiment choisi.
La sexualité n’est pas le ciment — c’est l’intimité
Contre le cliché, Hélène nuance : la sexualité n’est pas forcément le ciment du couple. C’est un liant. Le vrai niveau, c’est l’intimité [00:04]. Coller à l’autre réveille des angoisses anciennes — intrusion, dévoration, abandon — qui se rejouent dans le lit comme dans le quotidien [00:05].
« Au départ, le désir colle le couple. Ensuite, il faut se décoller pour redevenir soi. » [00:07]
Rester fusionnel trop longtemps ne marche pas : il y en a toujours un qui s’oublie [00:08]. Le couple mature apprend à se coller et se décoller — sans panique.
Tendresse et tension : les deux moteurs
Dans presque chaque couple, l’un veut plus de tendresse (cadre, confiance), l’autre plus de pulsion (spontanéité, tension sexuelle) [00:10]. Les deux sont nécessaires. Trop de tendresse sans désir, et on devient colocataires. Trop de tension sans confiance, et le corps se ferme.
Autre observation clinique : il y en a toujours un qui veut plus faire l’amour que l’autre [00:12]. Ce désaccord peut même devenir le « commun » du couple — une plainte partagée pendant des années. Mieux vaut regarder ce que ce déséquilibre organise : peur d’être « mangé », charge mentale, angoisses de performance… [00:14]
Détruire les clichés qui empoisonnent
Personne n’a une vie sexuelle « nickel » [00:21]. Il y a des réussites et des ratés. Le couple qui s’en sort le mieux, parfois, c’est celui qui arrive à en rire [00:22].
Parmi les injonctions à lâcher :
- Faire l’amour deux fois par semaine — faux standard [00:22]
- L’orgasme simultané — stress inutile ; les rythmes diffèrent [00:22]
Hélène invite plutôt à construire un scénario érotique : comment on se courtise en amont, comment on éveille les cinq sens, comment on s’accompagne vers le plaisir — sans cacophonie où chacun tire de son côté [00:23].
Cinq verbes à travailler, dans et hors du lit : demander, donner, recevoir, prendre, refuser [00:24]. Ce qui est difficile de demander à l’autre en amour l’est souvent aussi en sexualité.
L’infidélité comme symptôme
L’infidélité n’est pas seulement une faute : c’est souvent un symptôme de ce qui s’est détricoté dans l’enveloppe du couple [00:33]. Devenir parent complique aussi l’érotisation : comment désirer un père / une mère sur le même corps ? [00:34]
Après une tromperie découverte, certains couples font l’amour tous les soirs — coup d’adrénaline lié à la peur de perdre l’autre [00:37]. Ce n’est pas encore une reconstruction. La question devient : que faire de ce réveil une fois l’angoisse passée ?
« C’est parce que je serai convaincue que l’autre est libre que je vais pouvoir continuer de le désirer. » [00:39]
L’autre n’est pas acquis. Le mariage n’est pas une assurance. Croire que l’autre m’appartient est dangereux — pour le désir comme pour le respect [00:39]. D’où la nécessité de continuer à draguer, surprendre, rester désirable… et laisser l’autre libre [00:40].
Si je ne désire plus l’autre : me regarder d’abord
Avant d’accuser le partenaire d’avoir « vieilli » ou d’être devenu fade, Hélène invite à un retour sur soi [00:43]. L’autre est un miroir. Peut-être que c’est moi qui me suis éloigné, qui ai peur du vieillissement, qui cherche une pulsion de vie ailleurs — travail, pornographie, agenda saturé [00:44].
Les vacances, face à face sans boulot, agissent souvent comme révélateur : trop de bonheur collés… ou plus rien à se dire [00:41]. Ce n’est pas forcément la fin. C’est une information : où en est-on, et qu’est-ce qu’on en fait ? [00:42]
Revenir à plus simple — et oser
Le conseil final est presque désarmant : être plus simple. Qu’est-ce qui nous fait plaisir, vraiment — à nous, pas aux médias ? [00:58] Admettre sa réalité. Rester curieux de l’autre : on ne le connaît jamais par cœur [00:59].
« Osez la rencontre au risque de la déception. » — Nicole (théologienne), citée par Hélène Dumont [00:59]
Dans le couple comme dans le sexuel : si tu n’oses rien, tu ne fais rien. La rencontre lucide, imparfaite, risquée — c’est là que le désir peut encore naître, même après vingt-cinq ans.









