Dans ce débrief France Inter, Louise Aubery reçoit la thérapeute Florentine d’Aulnois-Wang pour sortir du « supermarché de l’amour » — et retrouver ce qui rend une rencontre vraiment possible en 2026.
Le paradoxe des apps : plus de choix, moins de lien
Les applications promettent l’abondance. Profils à l’infini, filtres, swipe. Pourtant, beaucoup ressentent l’inverse : une rencontre amoureuse plus difficile que jamais. Florentine d’Aulnois-Wang, thérapeute de couple et fondatrice de l’« Intelligence Amoureuse », met un nom sur ce climat : le supermarché de l’amour — où l’autre devient produit comparable, et où l’on cherche à plaire plus qu’à relationner.
Dans ce modèle, on optimise son image. On vend un « moi de présentation ». On accumule les options… au risque d’oublier l’essentiel : créer du lien.
Sortir du « moi de présentation »
Le moi de présentation, c’est la vitrine soignée : photo, bio, phrases qui marchent, critères rassurants. Utile pour rassurer l’ego — dangereux pour l’intimité. Car ce qui attire n’est pas toujours ce qui permet d’aimer.
Florentine invite à une authenticité radicale : oser se montrer tel qu’on est, avec ses aspérités, plutôt que de performer une version « matchable ». Sans cette bascule, on attire des regards… mais rarement une vraie rencontre.
Arrêter de plaire à tout prix, c’est commencer à vraiment relationner.
Non, il ne faut pas « s’aimer soi-même » avant d’être aimé
Un mythe moderne circule partout : « Aime-toi d’abord, sinon tu ne pourras pas aimer. » Florentine le remet en question. Ce n’est pas faux de soigner son estime — mais en faire un prérequis absolu peut devenir une excuse pour ne jamais s’engager.
On s’aime souvent aussi parce qu’on est aimé. Le lien révèle, soigne, confronte. Attendre d’être « prêt·e à 100 % » avant de rencontrer, c’est parfois rester dans le contrôle — et éviter le risque réel de l’autre.
Du cahier des charges à l’intelligence relationnelle
Beaucoup abordent la rencontre avec une liste : taille, métier, horoscope, ambitions, « vibes ». Un cahier des charges. Le problème ? On cherche une personne qui coche des cases, pas quelqu’un avec qui construire un lien.
Passer à une intelligence relationnelle, c’est changer de question :
- Non plus : « Est-ce qu’il/elle correspond à mon idéal ? »
- Mais : « Qu’est-ce qui se crée entre nous ? Quelle qualité de présence ? Quelle capacité à réparer, écouter, grandir ? »
Le critère n’est plus la perfection du profil. C’est la qualité du lien.
Relationner, plutôt que séduire
Séduire, c’est capturer l’attention. Relationner, c’est accepter d’être transformé par le contact. Louise Aubery, à travers Chroniques d’une célibataire, avait exploré les doutes d’une presque trentenaire face au mariage, aux apps, à l’attente. Ce débrief avec Florentine apporte l’éclairage d’experte : concrètement, comment sortir de la logique marché.
Concrètement, cela peut vouloir dire :
- Ralentir le rythme des matches pour approfondir une conversation
- Dire plus tôt ce qui compte vraiment (valeurs, rythme, besoins)
- Observer comment l’autre réagit au désaccord, pas seulement au flirt
- Accepter qu’une rencontre « imparfaite » puisse être plus fertile qu’un profil idéal
Une vraie rencontre en 2026
Faire une vraie rencontre aujourd’hui, ce n’est pas désinstaller toutes les apps par principe. C’est changer la posture intérieure : moins consommer l’autre, plus s’engager dans le lien ; moins se vendre, plus se révéler ; moins attendre d’être « assez » avant d’aimer, plus oser la relation comme terrain d’apprentissage.
Le supermarché de l’amour promet le choix. L’intelligence amoureuse propose autre chose : la responsabilité du lien — et, avec elle, la possibilité d’une rencontre qui ne se consomme pas… mais qui se construit.









