« La relation floue : l’une des pires tortures psychologiques. » Franck Diot, psychothérapeute, démêle ce qui rend le flou si toxique — et comment cesser d’être spectateur de sa propre vie affective.
Mettez le monde sur pause
Ce n’est pas tant « la situation » qui compte, dit-il — c’est comment on s’arrange avec elle [00:00]. Voici une prise de notes claire, étape par étape.
Une relation floue est l’antithèse du sécure. Peut-on être dans le flou et dans la stabilité ? En règle générale : non.
Étape 1 — Définir la relation floue
Note : Relation qui génère de l’insécurité psychique et affective — une « forcerie émotionnelle » [00:00].
- Ce n’est pas seulement « on ne se voit pas assez ».
- On peut se voir tous les jours… et rester dans le flou si l’autre dit : « Je suis là, mais je ne sais pas pourquoi » [00:00].
- Le critère : absence de sécurité nécessaire à une bonne relation — autrement dit, d’une certaine stabilité.
Question à te poser : Est-ce que cette relation me sécurise… ou m’oblige à m’arranger avec l’incertitude ?
Étape 2 — Repérer l’intermittence (effet casino)
Note : Le flou a souvent un autre visage : l’intermittence [00:00].
- Parfois il y a — parfois il n’y a pas.
- Quand il n’y a pas : sombre, un peu déprimant.
- Quand il y a the return : débarquement massif de dopamine.
Comme au casino : tu ne sais pas quand tu vas « gagner », mais le seul moyen d’espérer, c’est de remettre des pièces. Étiquettes qui basculent : « Il/elle se fout de moi »… puis « Je ne savais pas qu’il/elle m’aimait autant » — parce qu’un grand discours est arrivé.
Règle d’or de Diot : une parole doit être accréditée par des faits. « Tu es formidable » toutes les trois semaines… sans nouvelles entre-temps = disparité à se méfier.
Étape 3 — Comprendre le piège de la dopamine
Note : L’aspect pernicieux : tu restes persuadé·e que seul·e l’autre peut t’offrir ce shoot [00:00].
- Sur la ligne de départ, cette personne court seule — elle est déjà « gagnante » par défaut.
- Tu restes en attente, tu alimentes la machine, tu grillles panier : énergie, espoir, espérance.
- Jusqu’au jour où le panier est vide — comme au casino.
Deux éléments clés de la relation floue (en règle générale) :
- le renforcement intermittent ;
- l’insécurité affective.
Étape 4 — Arrêter de filmer l’autre : regarder ton épuisement
Note : Plutôt que de scruter le niveau d’engagement de l’autre… regarde ton niveau d’épuisement [00:00].
Regarder l’autre, est-ce que ça ne sert pas à ne pas voir l’épuisement dans lequel tu es ?
Questions concrètes :
- Quelle fatigabilité, quelle pénibilité psycho-affective je paie ?
- Quel prix mon estime de moi paie-t-elle chaque jour pour maintenir ce flou ? — Ça coûte cher [05:55].
- N’usurpe pas ta propre valeur pour nourrir le confort de l’autre plus que le tien. Ce n’est pas de l’égoïsme : c’est du bon sens.
Métaphore du caméraman [07:14] : tant que la caméra est braquée sur l’autre, tu oublies que le caméraman, c’est toi.
Étape 5 — Nommer l’utilitarisme relationnel
Note : Dans une société utilitariste [07:14] :
- quand l’autre a besoin de toi → il/elle sait où te trouver ;
- quand il/elle n’a pas besoin → il/elle sait tout oublier ;
- avantages sans inconvénients ;
- engagement d’un jour ≠ engagement du lendemain.
Plus tu cherches à savoir si l’autre « est dans l’affaire », souvent moins il/elle l’est. Et plus il/elle dit qu’il/elle y est… parfois moins les faits suivent. La parole doit être prouvée [08:00].
Étape 6 — Repérer le déni (mécanisme de défense)
Note : Quand c’est insécure, intermittente, dissonant (discours ≠ faits), on peut s’arranger avec ça [08:19].
- Le déni protège d’une réalité violente, déstabilisante.
- Violence relationnelle ≠ seulement coups ou insultes : désinvestissement, dos tourné, parole non respectée.
- On idéalise, on met en avant le favorable, on « compense » jusqu’à oublier la pénibilité.
- Ne pas constater les blessures du présent, c’est aussi ne pas réactiver celles du passé.
Ce n’est ni bien ni mal : c’est une logique psychique d’autoprotection. Humain. Mais tant qu’on s’arrange, on reste dans le flou.
Étape 7 — Reprendre la balle : spectateur → acteur
Note : Tant que tu branches la caméra sur l’autre, tu peux rester en attentisme — l’une des pires positions [12:12].
- Subir, attendre « qu’est-ce qu’il/elle fout ? » = la vie passe, le sort n’est plus dans tes mains.
- Tu as le droit de mettre l’autre au pied du mur, de poser une limite — pour voir ce qui se passe vraiment.
- Peut-être des paroles rassurantes… ou « je veux le même fonctionnement qu’avant » — informations précieuses sur ce qu’on peut attendre.
- Prends ton sort entre tes mains : dans l’expectative absolue, tu n’es pas acteur — tu es spectateur.
Le but n’est pas « casse-toi ». Le but : saisir la situation — à quoi correspond-elle ? Est-ce que ça ressemble à quelque chose déjà connu ? Questionne ta problématique [13:49].
- Où en suis-je ? Pourquoi je suis là ?
- Ai-je dérivé, fait fausse route… ou navigué « au pif » (méconnaissance) [14:03] ?
- Sans vent et sans moteur, on dérive — y compris affectivement [14:17] [14:27].
Ce que ça change pour l’amour
Sur Amourologie, cette prise de notes touche l’attachement et la non-possession : le flou n’est pas « de la liberté ». C’est souvent une machine à dopamine intermittente qui vide le panier de l’estime de soi.
Trois déplacements concrets :
- Paroles ↔ faits — ce qui n’est pas incarné ne sécurise pas.
- Caméra sur soi — l’épuisement est un signal, pas une faiblesse.
- Limite claire — non pour contrôler l’autre, pour savoir enfin ce qu’on peut (ou non) construire.
Conclusion
Relation floue = intermittence + insécurité + arrangements. Franck Diot invite à cesser d’attendre le jackpot de l’autre… et à redevenir acteur. Pas forcément partir demain. D’abord : voir le prix que tu paies — et décider si tu continues à remettre des pièces.
Et vous : dans votre lien flou, filmez-vous encore l’autre… ou commencez-vous enfin à regarder votre propre épuisement ?









