Guérir des blessures de l’amour : le témoignage de Sarah Serievic

Dans cet entretien de plus d’une heure sur Zéo, Sarah Serievic — comédienne devenue thérapeute, fondatrice du Théâtre Authentique et auteure de Quand l’amour rend possible l’impossible — livre un témoignage bouleversant sur les blessures affectives, la guérison par le corps et la vérité du cœur.

Des blessures affectives au cœur de tout

L’émission s’ouvre sur un constat simple et universel : nous manquons cruellement de conscience introspective sur ce qui influence nos jugements en amour [00:01]. Sarah Serievic, après 15 ans de théâtre au Conservatoire de Paris, a bifurqué il y a 28 ans vers le Théâtre Authentique, un espace de guérison des blessures affectives [00:06].

« J’ai commencé par réparer les miennes », confie-t-elle avec une honnêteté rare [00:06]. Enfant mutique, elle exprimait ses émotions par la danse puis par les textes de Shakespeare et Molière — la scène devenant une « planque extraordinaire » pour dire son cœur sans se révéler [00:04].

La violence des parents et le poids du transgénérationnel

Interrogée sur ce qui n’allait pas chez elle, Sarah répond sans détour : elle a grandi dans la violence de ses parents [00:10]. Non pas dirigée contre elle, mais dont elle était témoin — et le témoin, dit-elle, est encore plus impliqué que celui qui vit la violence dans l’instant, car il voit sans pouvoir se défendre [00:11].

Elle portait aussi un transgénérationnel très lourd [00:12]. Son livre, préfacé par Pierre Lunel, s’intitule Quand l’amour rend possible l’impossible — Transformez vos épreuves en tremplin [00:12]. Sarah y avoue traverser encore des abîmes où ses certitudes s’effondrent — preuve que la guérison n’est jamais un aboutissement figé [00:14].

« Ces abîmes sont nos plus hauts lieux de transformation, à condition de les accueillir en vérité. » [00:14]

La parole ne suffit pas : le corps guérit

Formée au psychodrame par Ancelin et Schützenberger, Sarah insiste : la parole seule ne suffit pas [00:08]. Sur la scène du Théâtre Authentique, des problématiques émergent du corps, des émotions, de ce que les participants vivent en regardant les autres.

Elle illustre par une mère qui berce son enfant : une participante réalise soudain que ce qu’elle n’a jamais connu, c’est précisément ce geste de tendresse [00:08]. En le vivant symboliquement dans le corps, une réparation devient possible — car le cerveau ne fait pas la différence entre le symbolique et le réel [00:09].

Comme Jacob Lévy le disait à Freud : « Vous analysez leurs rêves, moi je leur fais vivre les rêves » [00:35]. C’est dans le mouvement que se trouve la grâce de l’élévation de conscience [00:35].

Authenticité : la première trahison est envers soi-même

Quand Sarah aime, elle aime entièrement — et c’est précisément là que la faille s’ouvre [00:15]. Mais elle rappelle une vérité fondamentale : la première trahison, c’est celle envers soi-même — ne pas oser être authentique avec l’autre [00:16].

Elle donne l’exemple d’un couple où l’un accompagne l’autre au ski dix fois sans jamais dire qu’il préférerait voyager en Inde [00:17]. Qui a trahi qui ? C’est moi qui ai trahi en ne disant pas la vérité [00:17]. Oser parler en vérité, c’est dire ce qui n’est pas juste — même quand c’est inconfortable.

Le couple : prière, transformation ou vide

Sarah compare l’amour à la prière : dès qu’une relation n’est plus transformatrice, cet amour ne sert plus à rien ni à personne [00:19]. Elle dénonce les couples qui restent ensemble 40 ans par convention, par biens à préserver ou par peur du regard social [00:20].

Mais elle nuance avec force : protéger les enfants, c’est ne pas les laisser macérer dans un couple dysfonctionnant, mort ou vide [00:21]. Un enfant qui grandit dans le vide grandit dans l’angoisse. Un « divorce réussi », pour elle, est celui où l’on se parle en vérité et traverse ensemble la métamorphose de l’amour [00:22].

L’idéal asphyxiant et les représentations sucrées de l’amour

Sarah met en garde contre deux pièges : l’idéalisation et la victimisation — dans les deux cas, on asphyxie la vie [00:29].

Elle raconte une participante qui voulait dire « Je t’aime » à son père. Sur scène, son visage se crispe. Un souvenir remonte : à table, son père dirigeait son couteau contre elle [00:30]. Ce n’est qu’après avoir dit la vérité de sa terreur qu’elle peut enfin prononcer ces mots [00:31].

On a confondu amour et servilité [00:31]. Sarah dénonce les « représentations sucrées de l’amour » — on met du miel sur un gâteau déjà trop gras [00:31]. Le sens du couple n’est pas de faire un avec l’autre, mais de faire un avec la vie, de nourrir le vivant ensemble [00:32].

« La chasteté du cœur, c’est d’arrêter de projeter sur l’autre tout ce que je ne veux pas voir de moi-même. » [00:33]

Hommes et femmes : sortir de la guerre des sexes

L’animateur Guillaume partage sa prise de conscience récente sur les blessures des femmes — abus, mémoires transgénérationnelles, peur de la relation amoureuse comme lieu de domination [00:38]. Sarah répond avec nuance : il est temps de se rencontrer mutuellement dans nos blessures [00:41].

Elle voit aussi des violences féminines à l’égard des hommes dans sa clientèle — des hommes castrés qui n’osent plus un geste de tendresse [00:42]. La guerre des sexes, dit-elle, ne devrait pas exister : l’homme et la femme sont naturellement complémentaires [00:46]. Quand il y a guerre, c’est « deux masculins qui s’affrontent » — le masculin chez la femme et le masculin chez l’homme [00:46].

Elle appelle chacun à prendre conscience de son féminin (réceptivité, écoute, sensibilité) et de son masculin (affirmation, clarté) [00:47]. La rencontre authentique passe toujours par la vérité — exprimer une blessure plutôt qu’envoyer une « vacherie » ou se taire dans le mutisme, qui est « le mur, la guerre » [00:49].

L’ennui, la fin de vie et la maladie d’amour

Face à l’ennui du couple, Sarah invite à regarder en soi : qu’est-ce qui s’ennuie à l’intérieur de moi ? [00:51]. Plutôt que de fuir vers le sport, l’alcool ou le téléphone, oser confronter le « désert relationnel » [00:52].

En accompagnant des personnes en fin de vie, elle a entendu trop souvent : « Je n’ai pas aimé » [00:53]. Ce qui compte, ce n’est pas seulement d’aimer l’autre, mais d’aimer et être en vie [00:53].

Pour Sarah, toutes les maladies sont des maladies de l’amour [00:54]. La haine, la hargne, la peur sont l’expression d’un amour blessé. Retrouver la santé, c’est retrouver la lumière — « l’envie de vivre » qui émane du cœur [00:55].

Le saut de l’ange : retrouver la lumière d’origine

L’entretien se clôt sur une image magnifique. Dans la Torah, au moment de la naissance, un ange pose son doigt entre le nez et la lèvre de l’enfant — le « saut de l’ange » que nous portons tous — pour lui faire oublier la connaissance originelle [01:00].

Le sens de la vie, pour Sarah, c’est retrouver cette lumière d’origine, l’agrandir encore et encore, pour devenir l’immensité que nous contiendrons naturellement [01:00]. L’amour humain n’est qu’une préparation à un amour plus grand qui nous attend [00:58].

« On n’a pas le droit de rester sur l’absurde, de nourrir nos cicatrices toute une vie. C’est notre responsabilité de faire mentir ce qui voudrait nous raptisser de la grandeur que nous sommes tous. » [01:03]

Livre : Quand l’amour rend possible l’impossible — Sarah Serievic (préface de Pierre Lunel). Théâtre Authentique : theatre-authentique.com