Grand entretien Émotions (Louie Media) : Marie Misset reçoit Serge Hefez — psychiatre, psychanalyste, thérapeute de couple — autour des « cinq langages de l’amour » de Gary Chapman. Retranscription intégrale mise en forme ; passages clés en gras.
Mettez le monde sur pause
Vous rentrez crevé·e. Vous voulez un câlin. On vous propose un plat de pâtes. Sympa — et à côté de la plaque. De ces petites incompréhensions-là, Hefez parle sans checklist magique : le couple est une architecture complexe, et aimer n’est pas la même chose que « faire couple ».
On attend souvent de l’autre une chose… et son contraire. D’où l’impression que l’autre n’est jamais assez.
Ouverture : le plat de pâtes et le câlin manqué
La preuve d’amour, c’est de deviner ce que l’autre a dans la tête et ce que l’autre attend avec en plus ce paradoxe que ce que l’autre attend, parfois il ne sait pas lui-même et ce qu’il attend, c’est parfois contradictoire. Le couple, c’est une architecture très très complexe encore une fois, très compliquée à mettre en place et que le couple et l’amour, c’est pas la même chose. Vous voyez ce moment où vous rentrez chez vous le soir après une sale journée, vous vous êtes fait rouler dessus.
Tout ce dont vous avez envie, c’est qu’on vous prenne dans les bras, qu’on vous fasse un câlin.
Là, vous passez le pas de la porte et la personne avec qui vous partagez votre vie, qui sait hein que vous êtes fatigué, vous vous êtes envoyés des textos toute la journée, est super gentil et vous dit « Pose-toi sur le canapé, t’inquiète, je vais te faire un gros plat de pâtes. » Et là, vous trouvez ça sympa, mais vous vous dites « Mais à quel moment cette personne n’a toujours pas compris que je n’ai jamais faim le soir et que moi ce que j’aime, c’est les câlins. » C’est de ce genre de petites incompréhensions dont on va parler aujourd’hui.
Serge Hefez est mon invité de ce grand entretien d’émotions. Émotions. Bonjour et bienvenue dans ce grand entretien d’émotions. Bonjour Serge Hefez. Bonjour. Vous êtes ici parce que vous êtes la personne que je voulais interviewer aujourd’hui car j’aime que des hommes de plus de 50 ans m’expliquent un petit peu des trucs. Même quand ils ont beaucoup plus que 50 ans. Encore mieux quand ils ont beaucoup plus de 50 ans.
Non, en vrai, on va parler d’amour aujourd’hui et vous êtes la bonne personne car vous êtes psychiatre, vous êtes psychanalyste, vous êtes aussi et surtout, j’ai envie de dire, c’est peut-être le plus important pour nous aujourd’hui, thérapeute conjugale depuis des années et vous avez l’habitude de recevoir des gens qui viennent devant vous essayer de se comprendre sans toujours y arriver, s’aimer sans réussir à se comprendre et c’est un petit peu le thème de l’émission d’aujourd’hui. Formidable.
Les cinq langages selon Gary Chapman
Puisqu’on parle des cinq langages de l’amour. Alors pour vous et pour ceux qui nous écoutent, les cinq langages de l’amour, c’est une théorie qui a été développée en 1992 par un pasteur et thérapeute conjugal américain qui s’appelle Gary Chapman. C’est un livre qui a fait un immense carton quand il est sorti. Vous êtes passés à côté, visiblement, Serge Effres.
20 millions d’exemplaires vendus, c’est un hashtag qui a été repris des milliards de fois ces dernières années sur les réseaux sociaux et ça propose une vision peut-être un peu simple euh des incompréhensions en amour. Selon Gary Chapman, il y a donc cinq façons de montrer et de recevoir de l’amour, cinq tout pile. Il y aurait les mots valorisants, les cadeaux, les services rendus, les contacts physiques et les moments de qualité. Jusqu’ici, jusqu’ici, voilà.
Et moi, ce que j’aimerais qu’on comprenne ensemble, c’est pourquoi c’est si difficile de se comprendre quand on s’aime. !
Et et même et même quand on s’aime pas, mais en plus quand on s’aime parce que quand on s’aime, c’est vrai qu’on a l’illusion qu’on doit se comprendre et puis que comme on s’aime, tout devrait être facile parce que au fond, s’aimer, c’est vous savez, on c’est regarder ensemble dans la même direction, c’est comprendre ce que l’autre a dans la tête, c’est qu’on a pas besoin de se parler pour savoir exactement ce que l’autre ressent.
Enfin, je dirais toutes ces bêtises qui n’ont absolument aucun rapport avec avec la réalité et la réalité de la relation. Alors, euh ce en quoi Chapman a sans doute raison, c’est que effectivement, on ne se comprend pas et qu’on ne parle pas le même langage. Est-ce que sa classification vous paraît un petit peu ? Les mots valorisants, les les services ? Bien sûr, euh comment ? Ça permet de mettre des cases par rapport au malaise qui naît de qui naît de l’incompréhension.
Mais tout ça, c’est un peu la la partie émergée de l’iceberg, c’est-à-dire c’est euh ce qui relève de la communication, ce qui relève des échanges, euh ce qui relève du comportement. Et puis derrière ça, il y a tout ce qui se passe à l’intérieur. Et tout ce qui est derrière, tout ce qui est derrière le langage qu’on emploie et qui est une foule de ressentis, de sentiments, d’émotions, de peurs, d’angoisses, de désirs, d’appréhensions.
Et et tout ça et s’amalgame derrière le langage et au fond essaie de trouver une issue à travers le langage pour pouvoir s’exprimer, mais ne s’exprime jamais tout à fait parce que ces ressentis et surtout ces ressentis dans les relations affectives, dans les affects, ils sont là, ils s’entrechoquent, ils explosent et que c’est évidemment difficile à exprimer. C’est pas pour ça qu’il faut pas se parler et qu’il faut pas essayer de se de se comprendre.
Mais il y a une grande inégalité qui se met en place et qui se met en place très tôt dans la façon dont on n’élève les garçons et les filles. Donc, ce que vous me dites déjà, c’est qu’il y a une part de construction sociale dans les façons qu’on a de démontrer son amour. Bah, énorme. Et on en a Il y a Je suis tombée là sur une pièce de théâtre qui est jouée en ce moment au Théâtre La Bruyère, c’est le manuel de la jeune mariée 1957. formidable. On enseigne aux femmes à se plier en quatre pour leur mari.
Je vous cite des des bouts, hein, mais dedans il y a par exemple l’injonction à toujours préparer un repas avec une entrée un pâté, une viande, des légumes, du fromage, un entremets, un dessert. Il me semble qu’on parle pas d’un manuel pour un mari, mais pour une crise cardiaque rapide. Afin de se de se retrouver toute seule le plus tôt possible.
Non, mais voilà, il y a ce truc quand on voit d’où on vient, 1957, que c’est ça qu’on enseignait aux femmes, effectivement, on se dit bah, ça paraît assez logique qu’un des langages de l’amour peut-être privilégié pour les femmes, ce serait les services rendus. En tout cas, prendre soin de l’autre. Absolument. Et ça, c’est quelque chose qu’on transmet aux petites filles quasiment dès leur dès leur naissance. Je pourrais vous donner 1000 exemples, mais c’est pas le lieu ici. exemple.
Et ben, je pourrais vous dire par exemple qu’il y a des études qui montrent qu’on allaite pas les bébés garçons et les bébés filles de la même façon, que ce soit au biberon ou au sein. On a tendance à allaiter les bébés filles à heure fixe, comme s’il fallait un petit peu les les les les les régimenter, et on a tendance à allaiter les bébés garçons quand ils le demandent. Les garçons, on les pousse vers l’action très vite, tout de suite. Et euh on on les pousse à à l’engagement, on les pousse au risque.
Et vous regardez autour de vous, la façon dont vous avez une petite fille sur un tricycle et un petit garçon sur un tricycle, dont on pousse le garçon pour aller vite et pour être actif, et la fille pour faire attention, et surtout ne ne ne ne pas tomber.
Ce que je veux dire, c’est que les ces grandes euh ces grands axes de l’activité et de la passivité, très tôt, ils sont transmis aux garçons et aux filles pour transmettre aux filles qu’elles doivent être dans la réceptivité, dans la compréhension, dans le fait de euh euh de soigner l’autre, dans le care, en fait, et les petits garçons dans l’action, dans la proposition et dans le fait de ne pas se laisser trop aller à leurs émotions.
Alors, ça se traduit bah énormément dans le langage, et justement dans cette incompréhension du langage.
Par exemple, euh vous avez euh une femme qui rentre du travail et qui qui et qui dit « Oh là là, c’était terrible, mon patron a été odieux avec moi, il m’a demandé de faire telle chose, je n’y arrivais pas, et euh et tel collègue aussi euh m’a et euh j’avais telle tâche à accomplir, j’ai pas très bien su la faire, et cetera. » À ce moment-là, son conjoint va se précipiter pour lui dire « Tu devrais peut-être faire ça, peut-être que pour cette tâche, si tu prenais telle voie plutôt que telle autre, tu arriverais mieux. » Et là, ça, c’est l’incompréhension.
Elle a besoin de s’exprimer. Elle a besoin de dire que ça va pas, elle a besoin de dire et elle a besoin de quelqu’un qui prenne en compte son euh son désarroi, mais pas quelqu’un qui lui donne des solutions et qui lui dise ce qu’elle veut faire.
Encore une fois, c’est caricatural, mais c’est un petit peu la base de cette différenciation qui, encore une fois, n’est pas du tout liée ni aux gènes ni au fait que les garçons et les filles seraient naturellement différents, mais qui est liée à tout un apprentissage de la relation. Et ben justement, j’ai un un exemple qui va un tout petit peu contredire ce que vous dites, enfin dans le sens où c’est plutôt l’homme qui est en demande euh je vous je vous raconte.
En gros, c’est un cas pratique qu’on m’a raconté, euh c’est un couple très solide, euh en tout cas qui se présente comme tel, et puis qui est capable de parler avec moi de leurs problèmes de communication, donc déjà, j’estime que ça va, ils arrivent à ils arrivent à discuter. L’homme, dans la relation, euh trouve que sa femme ne ne dit jamais assez de paroles valorisantes. Il se sent jamais assez soutenu dans ce qu’il fait et cetera. Euh voilà, il trouve que elle salue pas assez ses accomplissements.
Il y a pas longtemps, il a arrêté de fumer. Euh il y a elle en parle à peine. Enfin bref, voilà, il trouve que vraiment il y a pas assez de paroles valorisantes. Quant à elle, elle elle a l’impression de lui prouver son amour tout le temps euh en s’occupant de lui, en lui prenant des rendez-vous chez tel spécialiste parce qu’elle s’inquiète pour lui, en faisant attention les jours de rush au boulot euh à ce qu’il soit bien, à lui préparer un petit-déj le matin. Bref, tout ça.
On attend une chose… et son contraire
Et lui, il dit qu’il peut pas s’empêcher de voir ça euh comme une pression en fait, comme un truc qui dit « Bah, tu devrais arrêter de fumer. » Le jour où il a arrêté de fumer, elle a dit « Bon bah, maintenant peut-être qu’on peut diminuer l’alcool. » Enfin voilà, il arrête il arrive pas à voir ça comme des preuves d’amour. Il voit ça plutôt comme un des trucs de pression pour qu’il change, pour qu’il soit un peu mieux. Et elle, ça la rend dingue que il voit pas ça euh comme de l’amour.
Est-ce que c’est des incompréhensions que vous rencontrez déjà et qui vous paraissent euh rentrer dans ce qu’on dit un petit ? Bien sûr, mais c’est très intéressant justement parce que ça montre que l’incompréhension, le le la double demande qu’on peut avoir vis-à-vis de quelqu’un, elle n’est pas seulement entre soi et l’autre, mais elle est à l’intérieur de soi. C’est c’est ça la chose la plus compliquée à comprendre, c’est qu’on attend de l’autre une chose et son contraire en même temps.
C’est pour ça que l’autre n’est jamais suffisamment satisfaisant. Autrement dit, cet homme, il rêve sans doute d’une femme qui le comprendrait complètement, qui le soulagerait complètement, qui serait dans une fusion éternelle avec lui où elle serait au plus proche de euh ses ressentis, de ses besoins, de ses désirs et cetera.
Et en même temps, il est terrifié par cette femme et il n’en veut pas parce qu’il ne veut pas de quelqu’un qui justement le prive de sa liberté, de son autonomie et qui prennent le pouvoir sur lui. Alors là, je reviens encore, vous savez, c’est mon Je reviens au bébé. Comment est-ce qu’on apprend à ? On apprend à aimer quand dès qu’on est dans les bras de de ou de son papa et qu’on est bercé et qu’on découvre ce que c’est que l’amour, c’est-à-dire le fait que l’autre vous comble.
Que l’autre comble tous vos besoins, que l’autre il est là et que il vous comprend dès le moindre couinement, dès le moindre gémissement, vous avez quelqu’un qui sait si vous avez faim, si vous avez froid, si on doit vous changer, si on doit vous mettre au lit, si on doit vous sortir du lit, et cetera. Si tout se passe bien. Si tout se passe bien, mais évidemment, mais justement tout ne se passe jamais tout à fait bien parce qu’on ne comprend pas l’autre, même le bébé, on le comprend pas parfaitement.
Amour sécure, peur d’abandon
Surtout les bébés, pardon, mais Surtout les bébés, voilà, on on se demande qu’est-ce qu’ils veulent à travers le à travers le et voilà. Mais on y arrive quand même, c’est ce que Winnicott appelait la à l’époque on parlait que des mères, aujourd’hui heureusement il y a des pères aussi qui sont proches des bébés, le le le disons le parent suffisamment bon c’est celui qui arrive quand même à percevoir ses besoins et à y répondre et à créer justement un amour qui soit un amour sécure. Hmm.
Sécurisant, où on est compris par l’autre. Mais on est jamais exactement à la bonne distance, on est jamais exactement là quand il faut. Donc dès le début, l’amour qu’on a pour l’autre, il est teinté un peu d’angoisse, un peu de colère, un peu de de tristesse, un peu de tous les sentiments.
Il y a pas que des sentiments positifs, il il se teinte de tous les sentiments négatifs parce que l’autre justement, il est soit trop proche, soit il vous étouffe avec son amour, soit il est trop loin et à ce moment-là on se sent abandonné et je dirais que ce mouvement de fusion d’abandon il est inhérent à la nature humaine. Mais on est pas tous égaux. construits de la même façon, on n’est pas tous égaux par rapport à ça.
Donc vous avez effectivement des garçons comme des filles qui qui sont dans une relation sécure euh avec avec leurs parents et qui vont ensuite projeter cette relation sécure avec les parents, parce que là on parle de l’amour conjugal, mais l’amour conjugal n’est qu’un transfert de tous ces amours qu’on a vécu depuis qu’on est qu’on est enfant et qui se transforment et qui se sexualisent, mais c’est pas très très par rapport à la trame même de l’amour qui est toujours toujours un peu en danger, voilà, toujours en danger soit d’abandon soit de d’intrusion.
C’est c’est toujours trop ou pas assez. Et trouver la bonne frontière il y a pas de monde où il y a pas On a trouvé le bon équilibre. Non, on passe sa vie entre les deux. Non, pas ben oui. Oui, oui. Et je me suis demandée d’ailleurs, on parlait du coup d’attachement sécure, euh je me suis demandée si cet homme-là par exemple, il serait pas de toute façon toujours méfiant Bien sûr. envers n’importe quelle preuve d’amour qui lui serait faite. le dit d’ailleurs.
Quoi que l’autre fasse, de toute façon, ça n’ira pas, ça sera toujours trop ou pas assez. C’est-à-dire que effectivement, on peut imaginer que il a grandi dans un amour un petit peu une forme d’amour un petit peu insécure et que malheureusement, il a tendance à le transférer tout au long de sa vie. Heureusement, on peut faire des thérapies, des thérapies de couple, puis on peut faire Vous leur dites quoi par exemple aux gens qui sont dans une quelque part dans dans un truc où il y a de la méfiance en ?
Parce que dans les histoires d’interprétation, on voit bien dans les dans les embrouilles de couple que il y a énormément d’interprétation, c’est-à-dire qu’on peut prendre la même phrase, on peut la relire de 100000 façons différentes. Euh comment vous faites vous comme thérapeute conjugale pour dire « Bon, on arrête peut-être de reprendre cette phrase pour la 120e fois et on passe à autre ?
Ben, c’est un petit peu la trame de ce qu’est pour moi une thérapie de couple, c’est-à-dire chacun arrive en ayant l’idée que l’autre est responsable, que l’autre est devient quasiment son persécuteur, que euh c’est à cause de l’autre si si ma vie est devenue aussi aussi pénible, aussi insupportable, aussi angoissante.
Et que euh et que donc chacun m’amène son conjoint pour essayer de Pour que vous lui disiez que je lui dise à quel point il est mauvais avec l’autre et comment s’il changeait, la relation pourrait devenir merveilleuse. Et le mouvement dans lequel j’essaie de les mettre, c’est pas que chacun est responsable, c’est que la demande que chacun adresse à l’autre, elle est profondément ambivalente.
C’est-à-dire, j’essaie de leur montrer à quel point chacun demande à l’autre une chose et son contraire en même temps et que c’est ça qui rend la relation si compliquée. Autrement dit, je ramène vers l’intérieur de soi, conscient ou inconscient, ces éléments qui se projettent sur l’autre et à l’intérieur de la relation et dans le langage qui s’adresse l’analogue. Et de l’autre côté, si on prend le la femme dans ce couple, euh, je me dis que c’est pas très difficile d’avoir des paroles valorisantes pour l’autre.
C’est pas très compliqué de dire « Ah, c’est merveilleux ce que tu as fait. » Ou « C’était très bon ce dîner. » Comment on peut expliquer qu’on a parfois du mal à dire des choses qui font tout simplement plaisir à ? Ben, peut-être parce que euh on sait pas exactement qu’est-ce qui lui fait plaisir. Peut-être que euh comment dire, il est contradictoire par rapport aux choses qui lui font qui lui font plaisir. Euh, parlons des preuves d’amour par exemple.
On dit « Il y a pas d’amour, il y a que des preuves d’amour. » C’est vrai. Et c’est le thème des cinq langages de l’amour. Le thème des cinq langages de l’amour et c’est ce merveilleux poète qui était Pierre Reverdy qui avait trouvé cette formule « Il y a pas d’amour, il y a que des preuves d’amour. » Mais une fois qu’on a dit ça, euh c’est quoi la preuve ? Euh, c’est quoi ce qui met l’amour à ?
C’est que ce qu’on demande à l’autre, c’est pas c’est évidemment offrir un bouquet de fleurs, amener un petit bijou, avoir une attention, préparer un bon petit dîner. Tout ça, c’est c’est merveilleux, ça enchante le quotidien. Mais on sait bien que la preuve d’amour qu’on demande à l’autre, c’est de vous comprendre sans avoir besoin d’exprimer ce que l’on a envie et ce dont on a besoin. C’est-à-dire, la preuve d’amour, c’est de deviner s- le besoin de l’autre, ce que l’autre a dans la tête et ce que l’autre attend.
Avec en plus ce paradoxe que ce que l’autre attend, parfois il le sait pas lui-même et ce qu’il attend, c’est parfois contradictoire. Donc, on revient sur cette femme très attentionnée qui essaie de combler euh cet homme en lui faisant des tas de suggestions euh « Tu devrais faire Tu devrais arrêter de fumer ou tu devrais ou tu devrais te reposer davantage ou tu devrais faire du yoga ou je ne sais quoi. Enfin, toutes ces choses-là qui sont qui sont pleines de bon sens, mais que l’autre peut percevoir de deux façons.
Soit elle me parle comme un débile, c’est-à-dire comme quelqu’un qui ne sait pas lui-même ce dont il a besoin, soit elle me parle comme ma mère, c’est-à-dire, euh, elle est là pour, euh, à la fois me combler, mais en même temps garder sur moi ça ce contrôle et son pouvoir sur moi. Euh, et cetera, et ça c’est-à-dire que le décryptage qui va être fait, il il peut être contradictoire et il peut être ambivalent et il est souvent contradictoire et ambivalent.
Et c’est pour ça, je reviens un peu à, euh, ma ma posture, disons, par rapport au couple qui ne se comprennent pas, c’est déjà comment est-ce que chacun peut se comprendre un petit peu mieux lui-même, donc on revient un petit peu dans la dans l’histoire de chacun, et surtout ce qui vous persécute au quotidien, ce qui vous pose problème au quotidien, c’est pas l’autre, c’est le couple.
Le couple comme un tiers, c’est-à-dire c’est le couple que vous construisez ensemble, c’est cette relation qui est en train de se de devenir insatisfaisante, de s’appauvrir, qui ne vous porte plus l’un et l’autre.
Mais d’ailleurs, si on on reprend un petit peu la la théorie de Gary Chapman qui dit « Bon ben, il suffit de parler dans le langage de l’autre pour se sentir compris. » Moi, j’ai l’impression que si on prend cet homme et que tout d’un coup elle réussit à avoir des paroles valorisantes pour lui, elle réussit à lui dire « Écoute, voilà, ce que tu as fait aujourd’hui, c’était merveilleux. » et cetera. Est-ce que si lui réussissait à percevoir de l’amour dans tous les gestes euh qu’elle a pour lui, est-ce que ça lui ?
Est-ce qu’il voudrait pas encore ? Parce que lui ce qu’il dit, c’est « J’ai besoin de paroles valorisantes. » et cetera. Ben, ça pourrait lui suffire ou pas selon la façon dont il est construit par rapport à l’amour, justement. On revient à cette histoire d’amour euh sécurisant ou insécurisant. Et on pourrait imaginer que cet homme, l’amour l’angoisse. Pourquoi est-ce que l’amour ? Parce que à partir du moment où l’amour est là, il est menacé de sa disparition.
C’est-à-dire que ça que que que ça s’arrête et que l’autre vous lâche. Et la plus grande peur que je vois dans les dans les couples, c’est la peur de l’abandon. C’est-à-dire tout ce qu’on fait pour s’agripper à l’autre et ça ça concerne aussi bien les hommes que les femmes pour s’agripper à l’autre pour qu’il ne vous lâche pas. Parce que là encore une fois, on rejoint la peur fondamentale des enfants, c’est d’être abandonné, c’est d’être abandonné par le parent. On voit ça dans tous les contes les contes d’enfants.
La grande terreur, c’est que les parents vous lâchent et qu’ils ne vous portent plus et qu’ils ne vous sécurisent plus. Donc soit encore une fois l’amour est sécure et alors là, il y a pas de peur. Au contraire, il y a un merveilleux sentiment de d’élation et de complément par l’amour de l’autre, soit l’amour est insécure et à ce moment-là cette angoisse de l’abandon, elle est toujours là, elle est toujours présente. Mais il y a des gens qui ont qui ont un amour sécure, ça ? Oui. D’où ça ?
Enfin, je veux dire est-ce que c’est par exemple pour imaginer deux enfants de la même famille, est-ce qu’il pourrait y en avoir un qui a un attachement sécure et l’autre ? Enfin, est-ce que ça dépend entièrement des des trois premières ? Alors ça dépend beaucoup quand même des disons des cinq premières années même si tout n’est pas joué avant 5 ans bien évidemment et que beaucoup de choses peuvent se transformer par la suite mais enfin, c’est quand même les fondations de la maison à ce moment-là.
Et ça dépend beaucoup aussi de de hasard, de chance, de malchance. Est-ce qu’il y a des ? Est-ce qu’il y a des ? Est-ce qu’il y a un deuil autour de ? Est-ce qu’on perd ? Est-ce que on ? Est-ce que les parents s’engueulent plus à ce moment que qu’il y a des gens qui peuvent pas tout à fait comprendre pourquoi ils auraient eux un attachement insécure. Ils vont vous dire bah moi j’ai grandi très aimé avec des parents présents et cetera mais ça peut venir se loger dans des toutes petites choses.
choses et puis par exemple euh le le parent va pas projeter la même chose sur son deuxième enfant que sur son premier enfant parce que lui-même c’est un deuxième enfant et que en tant que deuxième enfant, il a subi tel et tel problème à à par rapport à son frère aîné ou à la séparation séparation à ce moment-là, tout ce que vous voulez.
Donc si vous voulez, la la dont le psychisme euh se développe et se s’écoule entre les uns et les autres, se transfère entre les uns et les autres, se projette entre les uns et les autres, c’est extrêmement mystérieux et il faut se méfier en matière psychique des relations de cause à effet, c’est c’est pour ça que votre fille est muette, non ça ça marche pas.
En tout cas moi dans cette histoire des des des cinq langages de l’amour, vraiment le premier truc que je pense quand on me dit ça, moi je me dis mais en fait enfin moi j’ai juste envie d’être compris sans avoir à parler, vous l’avez dit plusieurs fois ce qu’on ce qu’on on rêve en amour Absolument. c’est de pas avoir à parler. L’année dernière j’avais entendu une interview de Pascal Quignard, l’écrivain, qui disait l’idéal en fait dans l’amour c’est c’est qu’il y ait lieu sans langage.
Je vais raconter une petite histoire, cette cette fois elle me concerne moi. Euh on va dire que l’héroïne c’est moi et ce qu’elle veut c’est des moments de qualité. Serge Hefez, je vous raconte. Donc moi euh le jour de mon anniversaire, j’attends toujours euh que mon mec fasse un truc extraordinaire. Je ne sais jamais quoi euh d’ailleurs je ne sais pas si quelque chose suffirait, enfin je veux dire je ne sais pas si quelque chose serait assez extraordinaire pour combler mon attente.
Mais euh voilà, je passe la journée souvent à attendre de savoir ce qui va se passer. Par ailleurs, je ne supporte pas euh qu’il me demande ce que je veux car euh j’aimerais qu’il comprenne vraiment Qu’il vous devine totalement. et j’aimerais même parfois qu’il devine euh un truc que je sais pas moi-même. Voilà, c’est ça.
qu’il m’offre quelque chose et que je sois là « C’est extraordinaire, c’est tout moi, tu m’as vue, je ne m’étais pas vue moi-même et toi tu m’as vue. » Et alors pour vous donner quelques indices autobiographiques pour pas que pour pas que j’aie l’air trop d’une enfant pourrie gâtée, euh moi on m’a oublié beaucoup de mes anniversaires enfant. Euh mes parents ont beaucoup de qualités mais vraiment les anniversaires ils sont nuls, je vous parle même pas des cadeaux.
Donc voilà, ça part pas d’un truc où euh où j’ai eu l’habitude d’être fêtée outre mesure. Euh quel est mon problème, Serge ? Et ben il y en a plusieurs d’après ce que vous dites. D’abord vous avez attendu toute votre enfance d’avoir des parents suffisamment merveilleux pour comprendre vos attentes et pour y répondre sans que vous ayez à le formuler. Donc ça c’est déjà la structure de base. Ça c’est ma structure de base, très bien.
Et puis après il y a ce qui se joue dans euh euh dans les relations amoureuses et dans les relations affectives, c’est-à-dire Bon, vous avez un compris un certain nombre de choses, donc vous pouvez rigoler un petit peu de vos euh de vos attentes, mais en même temps c’est là, c’est-à-dire c’est que c’est quand même quelque chose qui est qui est présent.
J’ai pas précisé qui me dit chaque année que c’est un immense stress pour lui son anniversaire, que je le sais et que je n’arrive pas à ne pas euh lui faire sentir que quand même j’aimerais bien qu’il se passe un truc un peu foufou. Bah, c’est-à-dire que à partir de ce que vous dites votre conjoint, ça sera jamais assez. C’est parce que ça comblera pas euh toutes ces attentes insatisfaites.
Mais euh moi ce que je trouve le plus intéressant, c’est que lui il est stressé et que vous vous êtes stressée aussi parce que vous attendez. Donc, il est stressé de pas pouvoir répondre à cette attente et vous êtes stressée du fait que il n’arrivera pas ou à répondre à cette attente. Et là, c’est ça le lien affectif, c’est ce stress. Ah, c’est bien. On se relie par le stress, très bien. Super, je suis contente. c’est une C’est comment ?
C’est une C’est un accordage entre vous autour de cette question du stress et de l’angoisse d’anniversaire et ce que vous en faites ensemble. Peu importe qu’il vous fasse une fête surprise ou qu’il trouve le merveilleux cadeau dont vous rêvez ou pas, le plus important, c’est que vous ayez conscience que vous partagez cette émotion très particulière ce jour-là qui est très agréable.
Oui, c’est mais c’est c’est agréable quand quand quand quand elle vibre entre vous deux parce que magiquement, quand on est deux à stresser, ça a plutôt tendance à diminuer le stress plutôt que l’amplifier. Enfin, ça peut. On revient finalement sur le langage, ce qui se dit et ce qui ne se dit pas. Le principal dans la relation affective, c’est ce qui ne se dit pas. Comme je reviens à mon bébé, ben le bébé effectivement, on lui parle mais il vous répond pas.
Mais ça n’empêche pas que il y a une relation d’amour entre vous deux et entre les deux et une relation de compréhension, c’est-à-dire que on est comme des instruments de musique. On joue pas les mêmes notes, on on fonctionne pas de la même manière et pourtant on s’accorde. Et s’accorder, ça veut dire jouer ensemble, ça veut dire faire ensemble une mélodie qui sonne juste. Donc ça veut pas dire être d’accord, ça veut dire être en accord.
Bah c’est un peu magique parce que on le sait, on le perçoit et puis qu’on perçoit dans une nouvelle relation amoureuse quand on rencontre quelqu’un avec qui on se sent accordé et justement avec qui il y a pas de de trop de de de désaccord d’at- Ça veut dire que sa fabrication intérieure elle est un petit peu équivalente à la vôtre, que ses peurs ses peurs de l’abandon, ses peurs de la de la de trop de fusion, ses peurs de l’intrusion, elles sont un petit peu équivalentes aux vôtres et que donc ça peut ça peut correspondre, ça peut s’échanger.
Mais donc j’ai pas tort euh de désirer très profondément être devinée et que l’autre me re- me révèle à moi-même. Je peux même l’espérer. J’ai le droit de l’espérer. Vous avez le droit de l’espérer mais surtout parce que moi j’aime bien votre exemple, il me plaît bien, c’est surtout de transformer euh cette déception en finalement un accordage un peu humoristique autour de ça.
C’est-à-dire que vous vous accordiez l’un et l’autre sur le fait que lui il est stressé parce qu’il y arrivera jamais, que vous vous êtes stressée parce qu’il y arrivera pas et que au fond c’est plutôt sympathique. Et donc en fait on parle d’un désir de fusion là c’est de depuis tout à l’heure quand on dit on aimerait ne pas avoir à parler, on aimerait ne pas avoir à dire. Euh qu’est-ce qu’on en pense quand on est psy du désir de ?
Est-ce que c’est quelque chose qu’on essaye de Bah on on Si vous avez un couple vraiment fusionnel en face de vous, c’est un truc que vous trouvez dangereux pour l’un comme pour ?
Le la la le que fusion, l’excès de fusion, c’est dans c’est un c’est un véritable danger parce que maintenir la fusion sur le temps, ça veut dire être totalement dans la négation des différences de l’un et de l’autre, euh dans euh la négation de ce que l’on éprouve réellement pour le mirage d’un espèce d’éprouvé commun qui vous rassemble tous les deux. Vous savez, sais, je crois que euh c’est formidable la fusion et c’est formidable si on on sait se séparer sans se sentir en danger.
Fusion, séparation, présence intérieure
Le problème de la fusion, c’est quand ça devient un agrippement. Tu sais, c’est-à-dire que On a l’image du Je reviens à mon bébé. Il s’accroche à vous et vous pouvez pas le décrocher parce qu’il est angoissé d’être décroché. Qu’est-ce qu’on apprend au bébé petit à petit à se décrocher justement pour pouvoir supporter d’être seul et transformer la présence de l’autre en une pensée de l’autre. C’est-à-dire l’autre, il a pas besoin d’être collé à moi pour exister, il est dans ma tête.
Et à partir du moment où il est dans ma tête, je suis en relation avec lui, mais j’ai pas besoin d’être en relation réelle avec lui. Et dans une relation amoureuse, c’est ça aussi. Moi, je crois qu’on on on on aime jamais tant que dans la séparation. C’est dans la séparation qu’on pense à l’autre, qu’on pense que l’autre nous manque, qu’on fabrique la relation, qu’on entre dans un dialogue avec l’autre absent, qui préfigure ce que pourrait être un dialogue idéal euh avec lui ou elle quand il quand il sera là.
Donc, une une une relation harmonieuse, c’est une relation qui peut passer de la fusion à la diffusion sans trop de souffrance. Et alors, quand vous recevez des couples en en en séance de thérapie, est-ce que vous leur apprenez à dire leurs besoins ou est-ce que ou est-ce que c’est même pas nécessaire dans ce que vous me ? Est-ce que vous leur apprenez à parler, à ? Ou est-ce que c’est presque un piège de vouloir trop ? Non, dire dire les besoins, c’est pas très difficile. Ah ? Non.
Mais ça veut dire que les gens, vous le disiez tout à l’heure, les gens se connaissent pas toujours. Ça veut dire qu’on a assez conscience de ce qu’on veut ou pas. un voilà, dans la couche euh la couche de monsieur euh Chapman, c’est-à-dire la couche que je trouve un petit peu superficielle de de Gary Chapman. de de l’échange. Euh dire ses vrais besoins dans la couche plus profonde, c’est plus compliqué.
Mais justement, moi je leur apprends, comment dire, à prendre conscience de leurs besoins C’est pouvoir l’exprimer. C’est-à-dire encore une fois, je les ramène chacun à eux-mêmes, à qui ils sont, à comment ils sont construits et à leurs peurs et leurs aspirations et leurs souhaits et leurs désirs à chacun et voir comment ça se construit en eux et comment ça peut se projeter dans cette relation actuelle.
Et qu’est-ce quel est le malentendu qui naît du fait que euh ce qu’exprime l’autre comme besoin n’est pas fort n’est pas forcément le besoin réel qui est à l’intérieur de lui. Et je me demandais si parfois parler ça pouvait pas justement mettre en mots des incompréhensions qui sont au final plus profondes. C’est c’est un peu ce que vous me dites. Est-ce que c’est pas ça qu’on évite aussi parfois quand on parle ? Alors j’ai un petit exemple pour être plus claire.
Euh c’est une femme qui s’est séparée il y a pas très longtemps euh de son mari.
Elle me disait que avant de se séparer ils avaient tenté de de un petit peu de se rabibocher enfin de se remettre des caresses et pendant un rendez-vous avec le thérapeute de couple, le thérapeute a demandé euh pourquoi est-ce que vous êtes tombés amoureux d’elle euh et que l’homme avait répondu « Elle avait l’air cool elle buvait ses bières à la bouteille. » Et donc j’imagine que pour lui ça voulait dire des choses sur elle hein mais il n’a pas été capable de dire tellement de plus que ça et pour elle vraiment ça a été mais dévastateur.
Euh elle me elle me dit « C’était ultra douloureux. Euh c’est quelqu’un qui a plein de singularités et qui est qui est très artiste qui est machin. » Et elle se dit « Mais il il m’a rien vu quoi. Enfin il m’a pas vu et il sait pas qui je suis. Ça fait tant d’années qu’on est ensemble. Tout ce qu’il est capable de dire c’est que je bois des bières à la bouteille. » Enfin voilà. Je la trouve marrante son image à lui.
Mais oui parce que c’est dommage parce que je trouve que à travers ça c’est tout un univers cette femme cool qui euh boit des bières à la bouteille et qui fume. Pour lui ça a l’air d’être tout un univers justement qui s’ouvre. Qui derrière derrière cette image d’Épinal il y a tout un univers pour lui de de de ce que c’est qu’une femme, une femme idéalisée, une femme idéale, une femme cool, une femme marrante, une femme créative sans doute, une femme artiste.
Enfin bon, euh c’est c’est sans doute ça qu’il exprime à travers ses paroles très pauvres. Et c’est dommage de pas se laisser le temps de ou que le thérapeute n’ait pas eu peut-être l’opportunité de pouvoir dérouler ça euh avec l’un et l’autre. Mais est-ce qu’on peut imaginer sans sans pousser trop loin que elle c’est pas cette façon-là dont elle a envie d’être ? Peut-être que quelque part il fait naître une image d’elle qui lui plaît pas à ? Peut-être, mais peut-être qu’elle ne se donne pas le temps de savoir.
qu’ils auraient dû creuser les pauvres. J’espère qu’ils nous écoutent pas parce que Ah oui oui oui. Là je trouve que c’est vraiment dommage. C’est vraiment dommage parce que c’est comment ? C’est c’est rare que quelqu’un donne une image aussi euh artistique finalement de ce qu’est l’autre. [souffle coupé] Mais est-ce qu’on se rend pas compte parfois en justement en mettant des mots sur des choses qu’on n’a pas exprimées ? Justement de cette espèce de fantasme un petit peu qu’on devrait se comprendre sans se parler.
Est-ce qu’on se rend pas compte parfois qu’il y a en fait effectivement des incompréhensions ? Fondamentales, oui. Et et voilà, est-ce que c’est pas le germe d’une rupture parfois de de de dire bah en fait moi j’ai compris ça de notre histoire, visiblement toi tu vis une autre histoire parallèle à la mienne et on s’est jamais rejoint quoi. Euh c’est oui bien sûr.
Bah c’est ça qui fait que les couples se séparent et que les couples se séparent de plus en plus et de plus en plus vite et de plus en plus tôt aujourd’hui. Mais si vous voulez Serge Hefez.
Oui, je le je le je le déplore un peu parce que non pas par disons conformisme social qui est que une fois qu’on est en couple on doit le rester toute sa vie, mais plus simplement parce que euh le euh le couple c’est une architecture très très complexe encore une fois, euh très compliquée à mettre en place et que euh le couple et l’amour c’est pas la même chose. L’amour c’est un peu comme le carburant.
C’est comme l’essence dans le moteur, mais la le l’essence dans le moteur ça vous dit pas où vous avez envie d’aller avec votre voiture. Et le couple c’est un petit peu ça, c’est-à-dire on s’aime c’est formidable, ça donne envie de se toucher, de faire l’amour, de de de de de de sentir des choses au même moment mais ça dit pas du tout où on va et qu’est-ce qu’on en fait de ça.
Or justement le le le couple c’est une institution alors évidemment on vient de 3000 ans où la seule façon d’être en couple c’était le couple marié et cetera hétérosexuel et que maintenant il y a 1000 façons d’être en couple et de faire couple. Moi j’ai commencé à avoir des couples il y a il y a 40 ans.
Et il y a 40 ans les couples que je voyais en thérapie c’était des couples qui avaient 15 ans 20 ans de vie commune qui s’essoufflait un peu qui s’ennuyait qui arrivait pas justement à à comment dire à dynamiser une relation à la transformer. Et je j’ai j’ai essayé de les aider à ça. Aujourd’hui je vois des couples parfois ils se connaissent depuis 6 mois.
Donc ils arrivent ils viennent au bout et ben c’est exactement ce que je leur dis c’est j’ai beau arriver je leur dis mais vous êtes déjà là et euh et alors soit c’est des jeunes gens soit c’est des gens même un jeune couple mais pour des personnes beaucoup plus beaucoup plus âgées et et ce qui est difficile aujourd’hui c’est pas de transformer un couple c’est de faire couple.
C’est-à-dire que c’est de pouvoir accorder accorder mais surtout bâtir ensemble quelque chose qui n’appartient ni à l’un ni à l’autre et qui est cette encore une fois cette institution cette relation cette maison que on va on va bâtir ensemble.
Et là ce que je vois c’est que on on on on est tous aujourd’hui quand même tellement élevés dans la la magnification de nos désirs de nos besoins deviens qui tu es qu’est-ce que tu veux qu’est-ce que tu veux mon chéri et cetera faire du du judo ou du basket tu veux de la compote de pomme ou de la compote de je veux dire on est les enfants sont élevés depuis leur naissance à être au plus près de leur désir de l’expression de leur désir c’est formidable mais c’est dangereux pour le couple mais c’est dangereux pour la relation bien sûr.
Bon quoi Moi j’ai du mal à déplorer que les gens que les gens soient plus proches d’eux-mêmes mais en fait que qu’est-ce que vous dites qu’est-ce qui a changé fondamentalement pour ? C’est ce fait qu’on soit bah justement dans l’éducation plus proche du désir de l’enfant et cetera.
C’est peut-être aussi qu’il y a quand même moins d’injonction à rester ensemble pour pour mille et une raison, c’est-à-dire que à une époque où Voilà, c’était pas mal quand même à une d’aller vous voir à un moment où on était censé rester ensemble pour que ça se passe le moins désagréablement possible.
vous savez moi j’ai une vision un peu sacrée du couple qui est que c’est pas juste parce que le couple ou le mariage est une institution sociale, c’est parce que c’est c’est une relation qui permet à chacun de grandir en fait. C’est-à-dire c’est une relation qui permet à chacun justement de euh continuer le travail qui a été commencé quand vous étiez un enfant sur les genoux de votre de votre papa ou de votre maman.
C’est-à-dire c’est de continuer un processus où on apprend avec l’autre qui on est et on apprend avec l’autre à euh se débarrasser de de l’infantile, c’est-à-dire l’infantile c’est le moi moi moi. C’est le moi tout-puissant. Se confronter à l’altérité.
se confronter à l’altérité et c’est se confronter justement à à tout ce travail de désillusion, d’incompréhension, de déception par rapport à un idéal qu’on n’atteindra jamais mais on peut atteindre ensemble quelque chose qui est peut-être pas tout à fait d’idéal mais qui est suffisamment bon pour avoir une vie bonne ensemble.
Et quand vous dites que vous avez des couples qui viennent vous voir au bout de six mois, on pourrait se dire chouette c’est des gens qui viennent apprendre à communiquer justement laisser moins de place aux malentendus.
Oui, c’est vrai mais je encore une fois je je j’ai pas de du tout de de rejet d’incompris, je ne les juge pas je ne juge d’ailleurs personne jamais mais euh c’est c’est mais mais c’est juste euh en même temps c’est vrai que ça a quelque chose finalement d’assez stimulant de se dire bah on a envie de construire ensemble, on sent que déjà il commence à y avoir deux trois petits trucs qui vont pas donc on va essayer de euh de les de les surmonter pour construire quelque chose ensemble.
Inventer son couple aujourd’hui
Donc effectivement, ça peut avoir quelque chose de positif mais ça donne un petit peu l’idée que quelque chose d’au fond assez naturel qu’on voudrait assez naturel Ce qu’on disait au début qui est naturel qui est ça voilà qui qui serait de tisser un lien par essai erreur tous les jours sans avoir forcément besoin de de de l’avis d’un tiers mais je crois que c’est devenu beaucoup plus compliqué aujourd’hui et c’est devenu beaucoup plus compliqué parce que on on est beaucoup plus censé inventer son couple aujourd’hui.
C’est-à-dire que là je dirais que jusqu’à il y a deux trois générations, on n’inventait pas son couple, on se mettait dans les pantoufles des 2000 ans de couples précédents avec une complémentarité à la fois psychologique et de rôle entre les hommes et les femmes et que euh les femmes étaient comme si, les hommes étaient comme ça et que donc c’était finalement plus simple pour le meilleur et pour le le pire.
Voilà et tandis que avec avec l’égalité heureusement et que je bénis encore une fois Prenez bien toutes parce que vous partez avec un certain nombre de deux Oui oui c’est ça oui. Que ça soit clair. Mais l’égalité est plus complexe parce que comme disait joliment Watzlawick, être égal ça veut dire vérifier en permanence que on est un peu plus égal que l’autre. C’est-à-dire c’est quelque chose qui demande un un travail constant de vérifier cette égalité entre l’un et l’autre.
C’est-à-dire qu’on se comprend parfaitement, que on fait les mêmes choses, que les choses sont équivalentes, que une heure de repassage ça vaut une heure de bricolage, que aller chercher les enfants à l’école ça vaut le fait de faire la tambouille le soir et cetera et cetera. C’est en permanence quelque chose qui doit se réguler et qui demande beaucoup de euh beaucoup de d’un certain épuisement souvent dans les couples.
Mais est-ce que vous dites aussi quelque part en creux c’est que c’est c’est des exigences qui sont on pourrait se dire que c’est des histoires de consommation on voit bien les histoires de dating fatigue, le fait que les applications rendent peut-être plus malheureux que le contraire. On pourrait se dire aussi que c’est le témoin d’une certaine exigence justement qu’on a de sa relation avec l’altérité d’une qu’on a envie que ce soit bien quoi. C’est pas que si on a envie que ce soit bien, c’est bien.
Mais si on a envie que ce soit parfait, c’est un problème parce que évidemment euh le mieux est l’ennemi du bien toujours. Donc euh donc ça peut ça peut compliquer les choses. Mais mais je vais vous dire je pense que la la seule vraie inégalité qui se met en place dans la construction des couples aujourd’hui, c’est ce que l’un et l’autre ont envie de projeter par rapport à ce couple, c’est-à-dire on se rencontre, on s’aime, on fait l’amour, on fait un premier resto, on commence à se parler et cetera.
Qu’est-ce que l’un et l’autre a dans la tête à ce moment-là par rapport à ce qu’il attend du ?
Et là, c’est là qu’on voit surgir la plus profonde inégalité qui est pas toujours genrée hein, c’est pas toujours que les hommes ils pensent se tirer et que les femmes elles ont envie de s’installer et de faire un bébé même si malheureusement euh toute notre culture nous pousserait plutôt à ça, mais aujourd’hui c’est beaucoup plus égal entre les hommes et les femmes, c’est que s’il y en a un qui se dit ah voilà, j’aimerais bien que ça dure un peu, construire quelque chose, le connaître mieux, m’installer un petit peu avec cette personne, mais que l’autre n’est pas du tout dans cette dynamique plutôt dans un truc est il est plutôt dans un truc de oui de consommer, de s’amuser, de rencontrer d’autres personnes et cetera, et ben dès le début, il y a un une une faille et quelque chose qui ne aura qui pourra difficilement se ré-accorder.
Dans cette histoire des cinq langages de l’amour, il y a aussi euh l’idée que si moi je fais ça pour toi, disons que toi tu aimes les compliments, en échange j’aimerais bien que tu me rendes service puisque moi mon langage de l’amour c’est ce celui-là.
Est-ce qu’il y a pas un petit risque de de tout comptabiliser et de tout euh mettre dans des petits tableaux qui diraient « Bon bah c’est bon, on s’aime autant pareil. » Il y a un risque qui est lié aux nouvelles formes d’égalité conjugale dont on parlait tout à l’heure, c’est-à-dire vérifier cette égalité euh entre l’un et l’autre, qui n’est pas seulement une égalité entre les heures de ménage, les heures de bricolage et euh qui va faire les courses et qui fait la cuisine, mais qui est une égalité entre ce que ce que chacun donne, ce que chacun apporte à la relation, ce que chacun donne de soi pour construire la relation.
Et cette égalité-là, évidemment, elle est beaucoup plus compliquée Faire les comptes. à Voilà, c’est compliqué de faire les comptes par rapport à ça. toute façon, ? Ah ben ça, on le fait, moi j’ai l’impression. C’est Ça me fait rire que les les les les couples que je reçois, ils ont comme un un grand comparateur dans la tête, une grande machine à calculer, qui est que on retranscrit en permanence ce que chacun fait pour être sûr que on est on est à égalité dans la construction de la relation.
Et ça ça ça ça épuise quand même beaucoup de beaucoup de couples. Alors effectivement, euh si en plus on on lit Chapman et que on a le sentiment que moi je fais ça et que j’attends ça de l’autre et que l’autre doit faire ça et que j’ai fait ça et pourquoi il y il y a pas répondu, et bien on on se à mon avis, on est complètement à côté de la réalité qui est d’essayer de comprendre un petit peu plus finement ce que l’autre perçoit et ce que l’autre reçoit à travers ce qu’on lui propose.
Moi, mon langage de l’amour, ça j’ai fait euh c’est euh les gestes tendres, mais j’y réfléchis pas. C’est-à-dire que euh je vais passer à côté de la personne que j’aime, je vais lui passer la main dans le dos et cetera, c’est pas quelque chose que je pense pour lui montrer que je l’aime. Ma preuve d’amour ne vaudrait que ce que si elle me coûte en fait, que si je fais un effort vers l’autre pour aller faire ce que lui aimerait recevoir. Et qu’est-ce que ça ?
Alors effectivement, euh le le le le plus simple par rapport à qu’est-ce que ça coûte, c’est euh quel bijou euh vous allez offrir à l’autre pour son anniversaire. Est-ce que c’est de l’or 18 carats ou est-ce que c’est du ? Ça coûte pas la même chose. Donc là, effectivement, ça peut se mesurer.
Mais savoir un peu plus précisément qu’est-ce que ça coûte à l’autre de vous faire une telle ou telle proposition, d’avoir telle ou telle invention, de de deviner un petit peu plus quelle est vraiment la chose qui va vous vous bouleverser, qui va être bouleversante pour vous. Là Là, c’est vraiment toute la complexité de la relation et c’est quelque chose qui est plus difficile à évaluer mais que l’on évalue quand même. Que l’on cherche à évaluer. Qu’est-ce que ça me coûte et qu’est-ce que ça coûte à l’autre.
Et c’est important que ça me coûte quelque chose. Je veux dire, il il faut que je souffre un peu dans cette relation. Non mais il faut que je fasse des trucs qui me font vraiment chier pour l’autre pour pour pour l’aimer.
Je Je dirais que l’autre étant différent, ses besoins, ses plaisirs et ses désirs étant fondamentalement différents des miens, pour aller me raccrocher à son désir et à ses besoins, il Ça ne peut pas ne pas m’en coûter un peu parce que c’est quelque chose qui va un petit peu à l’encontre de de qui je suis. Mais c’est ce coût-là qui est pas un coût pour l’autre, mais c’est ce que je disais tout à l’heure, qui est un coût pour le couple.
C’est ce que chacun met non pas dans la porte-monnaie ou dans le cœur de l’autre, mais ce que chacun met dans la construction conjugale, dans la dynamique conjugale. Mais c’est ce tiers, ce truc Ouais. de la Cette espèce que ce que j’appelle le pot commun où chacun Voilà, chacun met euh un peu de soi. met un peu de soi, ouais. Est-ce qu’il faut se résigner à accepter les mauvaises ? J’ai une petite histoire pour vous. C’est l’histoire d’une femme d’à peu près 72 ans.
Euh donc c’est pas à peu près, elle a complètement 72 ans. Qui me disait que elle aurait aimé vraiment que son mari ait plus de gestes affectifs pour elle. Elle me disait c’est j’ai toute ma vie je lui ai demandé plus de câlins, plus voilà, plus de contact physique quoi. Et euh, il a jamais vraiment été capable de le faire pour pour plein de raisons.
Et en même temps, euh, elle elle me dit à quel point c’est vraiment le centre de sa vie euh, son couple et cetera, à quel point c’est un couple qui est resté euh, amoureux euh, vraiment euh, sur la sur la durée. Est-ce que c’est quelque chose avec lequel on doit faire la ? Que l’autre viendra pas par exemple, que l’autre ne me fêtera jamais l’anniversaire rêvé que je sais même pas à quoi il ressemble. Ou qui n’aura jamais ce geste tendre que j’attends tous les jours.
vraiment ce geste tendre que j’attends tous les autres puisque c’est pas dans sa gestuelle, c’est pas dans son dans son être. Et alors, je vais vous je vais vous trouver une formule comme ça, à brûle-pourpoint, j’aurais envie de vous dire que l’amour c’est apprendre à renoncer mais sans se résigner. C’est-à-dire formule. Je la note. Vous la hahaha copyright, hein, vous me l’appliquez pas. Ça, j’ai fait.
Mais euh, c’est-à-dire, effectivement euh, apprendre à aimer c’est c’est apprendre à certains à certains renoncements. Par exemple, moi j’aime bien l’exemple de cette femme parce que ça résonne un petit peu avec ma avec ma situation euh, personnelle à la fois d’âge et de et de et de relation.
Euh, il y a des hommes à qui ça coûte effectivement de faire ces gestes tendres qui au fond on se dit ça coûte rien, un petit bisou en passant euh, une porte Oui, c’est comme ce que je disais tout à l’heure, les paroles valorisantes, pourquoi ça vous coûterait ? un petit geste. Et bien, euh, il y a des hommes à qui ça coûte.
Alors, je peux donner une explication mais il y en a il y en a sûrement 1000 euh, parce que euh, peut-être pour se séparer d’une mère qui a été un petit peu trop accaparante ou un petit peu trop intrusive. C’est toujours la mère, c’est toujours la mère, c’est toujours la faute de la mère, entendez, voilà. Et et bien, euh, ils ont appris un peu à se carapaconner dans leur corps et à considérer que le le geste qu’on fait c’est euh, se soumettre, disons, à l’autre et le geste qu’on reçoit, c’est c’est trop intrusif.
[souffle coupé][soupir] Donc, ils projettent ce sentiment d’intrusion. D’ailleurs, c’est souvent des hommes quand on leur fait ce geste-là, de les toucher et cetera, ils ont ils ont ce mouvement comme ça pour montrer que c’est insupportable qu’on les touche comme ça, alors que dans la sexualité et cetera, ils vont pouvoir être de très très bons très bons amants par exemple. OK OK, ça me va, je vous suis.
Ce euh ce ne pas supporter ce geste, c’est ce qui se joue autour de l’intrusion psychique et de l’autonomie psychique. Alors cette femme qui a 72 ans et qui vit sans doute depuis très longtemps avec cet homme, elle a sans doute perçu que le fait qu’il ne la touche pas, qu’il ne la caresse pas, n’est pas un geste de désamour mais est quelque chose qui corporellement lui est difficile. lui est difficile et ne lui correspond pas.
Et donc elle apprend à renoncer à ce à ce besoin mais j’espère pour elle au profit de tout un tas d’autres gains. Mais de toute façon la vérité sur ce besoin, c’est qu’elle aurait envie qu’il ait envie.
Je veux dire, on a on a envie que l’autre ait envie sinon ça compte parce que peut-être peut-être qu’à force de le lui dire un jour il va lui faire un petit un petit geste, un petit truc, un petit tapotement comme ça, un petit chatouillis qu’elle va trouver encore plus insupportable que s’il ne la touche Bien sûr bah puisque elle est elle-même ambivalente, j’imagine. Est-ce qu’on peut considérer que aussi que le le couple c’est pas la seule relation qui peut combler nos ?
Je pense connaître la réponse mais est-ce que le couple est là pour pour nourrir tous ces besoins-là, même ces besoins, on va dire d’amour ? Euh le l’amour nous comble et c’est formidable mais le couple en tant que tel n’est pas là pour nous combler au sens de répondre à toutes les attentes et à tous les besoins. Il est là pour accomplir certaines tâches euh utiles à l’un comme à l’autre mais pas toutes les tâches et que il y a d’autres choses pour ça.
Ce que ce que vous me dites, c’est que toute la difficulté aujourd’hui elle réside quand même dans cette histoire de on est en train d’inventer quelque chose, de réinventer quelque chose et que c’est difficile. Et et que c’est compliqué.
Bon il y a par par exemple, moi je vois énormément de couples homosexuels dans ma euh dans ma dans ma patientèle et bien euh c’est pas très différent d’un couple hétérosexuel sauf que il y a plus de possibilités d’inventer justement ce que va être le couple parce que c’est moins dicté par les règles de la société. Donc par exemple, les questions d’infidélité, est-ce que c’est permis, est-ce que c’est pas permis, est-ce qu’on s’en parle, est-ce qu’on s’en parle pas. Donc on on on crée ensemble.
Mais c’est passionnant ça non pour un thérapeute de couple de d’avoir le le couple, je vais pas dire l’amour changer je vais pas oui c’est c’est c’est c’est très intéressant parce que ça apprend justement à à à penser en en deçà du genre justement en deçà de la question du genre qui enferme les hommes et les femmes dans le couple dans certaines dans certains stéréotypes, disons. dans un sillon.
Et est-ce qu’on peut quand même construire des espèces de gestes en commun, des espèces de preuves d’amour communes, est-ce que c’est pas ça finalement vous me disiez bâtir un couple mais on parlait des cinq langages de l’amour comme si les gens étaient statiques dans des façons de prouver, de montrer, de recevoir de l’amour.
Est-ce que finalement les gestes d’amour, puisque c’est de ça dont on parle depuis le début, c’est pas des gestes qu’on de toute façon on construit à deux dans ce petit tiers ce truc dont vous me parlez et absolument et j’ai envie de dire que le sixième langage de l’amour, c’est ce langage de l’intimité que le couple apprend à construire ensemble.
Effectivement, c’est tout ce qui est sous-entendu et qui n’est pas dit dans la relation mais qu’on sait que ça existe et qu’on comprend chez l’autre et ça c’est toute l’histoire d’une relation et c’est pour ça que j’aime bien les relations qui durent quand même, c’est que ça permet de construire ça. Ça permet construire ce langage là qui est le langage secret du couple.
Mais Serge Hefez, dites-moi quand même, il y a bien des couples que vous recevez en thérapie où vous dites « Ce serait quand même mieux qu’ils se séparent, chacun serait plus heureux chacun dans son coin. » Oui, en général c’est des couples pour qui le choix de départ de l’autre est un est un est un est un mauvais choix, c’est-à-dire c’est un choix qui correspond beaucoup plus à vos propres faiblesses qu’à quelque chose qui va aller dans le sens de la construction.
Par exemple, c’est quelqu’un qui va vous amener à répéter indéfiniment euh défailles de votre euh de votre enfance, qui va reproduire euh un père euh abusif, et cetera et cetera. Et c’est c’est c’est des couples qui partent mal, et heureusement qui, au bout d’un moment, euh l’un ou l’autre se rendent compte que vraiment le choix de départ était un était un un choix pourri, mais c’était un choix qui correspondait à un un mauvais processus de répétition plutôt qu’un processus de changement.
Et là, effectivement, dans ces cas-là, à moins que l’autre ne change totalement, Ça ? Ça peut, mais euh malheureusement, si on est du côté un peu de la perversion narcissique ou de l’emprise ou des choses comme ça, non. Et euh et là, effectivement, j’ai plutôt envie de travailler avec eux ou avec un membre du couple pour avoir le courage de de se dégager.
Mais dans la majorité des cas, c’est pas le sentiment que j’ai, c’est que euh le sentiment que j’ai, c’est que ils savent au départ, implicitement, pourquoi ils se sont choisis l’un l’autre, mais que ils sont pris des chemins un petit peu tordus, et qu’il est peut-être possible de se réconcilier et de se retrouver. Merci infiniment, Serge Hefez. Merci. D’avoir dégommé si bien Gary Chapman et les cinq langages de l’amour. Bravo. Il y a des gens que ça aidait vraiment.
Clôture : lire l’amour autrement
Et ben, ceux que ça aide, continuez à le lire, surtout, surtout, n’arrêtez pas. Vous conseillez-vous quoi, vous, d’ailleurs, en lecture sur l’amour, pour se comprendre un peu ? Bah, pour moi, les lectures sur l’amour, c’est pas les livres euh théoriques, c’est les romans. Les romans ne parlent que d’amour depuis la nuit des temps, et mon roman préféré sur l’amour, c’est Belle du Seigneur. Bah, quand même, c’est un sacré morceau.
Ah, c’est un sacré morceau, c’est un sacré morceau où, quand même, sur 800 pages, vous avez un couple qui est enfermé dans une chambre d’hôtel et qui essaie de se comprendre. Et ils ont deux langages différents, ils ne se comprennent à aucun moment, ils sont totalement différents l’un de l’autre, et c’est la plus belle chose qu’on ait écrite sur l’amour. Mais ça se termine pas très bien, quand même, cette histoire. Je voudrais pas faire de de divulgâchage, mais vrai, c’est vrai que ça se termine mal, c’est dommage.
Ce que ça change pour l’amour
Sur Amourologie, Hefez rappelle que les langages de Chapman peuvent aider — sans devenir une grille qui explique tout. L’enjeu plus profond : sécurité / abandon, demandes contradictoires en soi, capacité à passer de la fusion à la séparation sans panique. Et parfois, mieux vaut un roman qu’un mode d’emploi.
Conclusion
Source : Louie Media — Les grands entretiens d’Émotions, avec Serge Hefez. Retranscription automatique nettoyée et structurée.
Et vous : ce soir, c’est le câlin… ou le plat de pâtes — et savez-vous ce que l’autre attend vraiment (sans lui demander de le deviner) ?









