Applis, polyamour, peur de l’engagement : Estelle Dossin

Invitée de Générations, la coach et psychothérapeute Estelle Dossin dresse un portrait sans filtre de l’amour en 2026 : applis, FOMO, ghosting, situationships, MeToo, fidélité… L’amour a-t-il changé pour toujours — ou a-t-on surtout changé de vocabulaire ?

Des millions de profils… et une solitude qui explose

Tinder, Hinge, Instagram : des milliers de profils dans la poche. Et pourtant, « on n’a peut-être jamais été aussi seul qu’aujourd’hui » [01:19]. La solitude, rappelle Estelle, est justement ce qui pousse à s’inscrire — sauf que l’outil ne délivre pas toujours ce qu’on espère [01:33].

Elle cite Barry Schwartz et le paradoxe du choix (2004) : trop d’options, trop d’anxiété. Plus on a de profils, moins on sait ce qu’on veut — et plus on « merchandise » l’autre [02:11] [03:01]. Les applis élargissent le terrain (et c’est une bonne chose). Le piège, c’est le rapport à l’outil.

« À trop contrôler, on perd le contrôle des situations. » [06:02]

On googleise avant d’aborder. On stalk. Puis arrive le FOMO amoureux : la peur qu’il y ait « quelqu’un de mieux » jusqu’au prochain swipe [06:24]. On ne laisse plus sa chance au présent.

Ghosting, breadcrumbing, situationship : nouveaux mots, vieux gestes

Avant, un homme qui ne rappelait pas était « un salaud ». Aujourd’hui, c’est du ghosting — et tout le monde hausse les épaules [12:35]. Pour Estelle, ce n’est pas seulement une affaire d’époque : c’est du courage et de l’éducation. Noyés dans la masse, on se sent moins responsable [13:09]. Bloquer pour une faute d’orthographe devient banal — parce qu’il n’y a pas eu de corps, de regard, de présence [13:26].

Son avertissement est net :

« Quelqu’un qui est capable de ghoster une personne sur une appli est aussi capable d’avoir un comportement questionnable en vrai. » [13:38]

Autres figures du flou : le breadcrumbing (des miettes, plusieurs lignes à l’eau) [14:15] ; la zone grise / le situationship — se fréquenter sans vraiment être en relation [14:19] [23:08]. Les applis ne sont qu’un tournevis : sans savoir s’en servir, on ne répare rien. On peut aussi s’y marier — quand on utilise l’outil correctement [22:14].

MeToo, dire non… et retrouver la nuance

Le mouvement MeToo, né aux États-Unis en 2006, a été « absolument fondamental » [24:29]. Les jeunes femmes ont incarné un droit nouveau : dire non. Les jeunes hommes ont dû composer avec — et beaucoup se retrouvent perdus entre « ce qu’ils peuvent faire et ce qu’ils ne peuvent pas » [25:27].

Le défi de la Gen Z, dit Estelle, c’est la nuance : un non défensif qui bascule en non agressif, et des hommes placés en « agresseurs potentiels » [25:07]. Il y a aussi des hommes féministes dont on parle trop peu [25:35]. Ni radicalité aveugle, ni retour en arrière : du discernement.

Fidélité, polyamour : d’abord se mettre d’accord

La fidélité existe encore — mais il y a « fidélité et fidélité ». Dès le début d’une relation, un check est utile : exclusif ou ouvert ? Quelles règles ? [39:39] Sans cadrage clair, l’exclusivité n’est pas un dû [40:40]. L’infidélité a toujours existé ; ce qui est plus visible aujourd’hui, c’est aussi celle des femmes, libérées matériellement et sexuellement [40:54].

Sur le polyamour : ce n’est pas neuf, on le nomme davantage [43:05]. Nommer apaise l’angoisse… et peut aussi enfermer dans une case alors qu’on prétendait en sortir [43:33]. Même logique pour l’asexualité, les couples ouverts, les formes multiples d’aimer : traiter au cas par cas, pas au slogan [42:31].

Faire autrement — pas forcément « mieux »

Estelle refuse la nostalgie facile. On fait différemment : moins de contrainte, plus de liberté (pilule, travail, droit de dire non) [49:48]. Sa grand-mère le lui rappelait : « Vous avez quand même beaucoup de chance » [50:11]. L’amour n’a pas disparu. Les codes, les outils et le vocabulaire ont muté. Reste à retrouver du courage, de la responsabilité — et un peu moins de swipe.