Peut-on rester ami·e avec son ex ? Pour la psychologue Véronique Kohn, la vraie question n’est pas « oui ou non », mais de quel endroit part ce choix — amitié réelle, ou difficulté à tourner la page ?
Il n’y a pas de règle universelle
Contrairement aux slogans (« jamais d’amis avec un ex » / « on peut toujours rester amis »), Véronique Kohn refuse le tout-ou-rien [00:13]. Certaines ruptures se ferment d’elles-mêmes : plus de sentiment, gestalt bouclée, on se quitte sans traîner. D’autres restent fracturées, suspendues — et c’est là que l’« amitié » devient souvent un piège [00:37].
Le but n’est pas de juger. C’est d’examiner honnêtement ses motivations : est-ce que ça me fait du bien… ou est-ce que je me fourre dans le bordel en acceptant d’être « ami » ? [00:01]
Pourquoi c’est si dur de couper le lien
Après une rupture, le cerveau vit souvent un manque proche du sevrage : hormones, habitudes, figure d’attachement absente [00:16]. On ne perd pas seulement une personne — on perd des repères, parfois une partie d’identité quand le « nous » a mangé le « je » [00:18].
La peur du vide, la peur de regretter, l’inconnu : autant de forces qui poussent à garder l’autre « dans le champ » — même sous le masque de l’amitié [00:24]. Rester ami peut alors servir à éviter de souffrir, exactement comme une rupture sèche (ghosting) peut servir à se protéger en coupant tout [00:06].
Dans les deux cas — rester collé ou tout couper — le cerveau protège. La question, c’est jusqu’où cette protection nous empêche de faire le deuil.
Les fausses raisons de rester amis
Véronique liste des motivations qui ressemblent à de l’amitié… sans en être [00:28] :
- Espoir secret de reconquête (« option B », retrouvailles) [00:29]
- Peur d’être seul·e, dépendance affective, peur du manque [00:28]
- Culpabilité : « je serais méchant·e si je coupe » [00:29]
- Confort / sécurité (matérielle ou émotionnelle) [00:28]
- Garder le cercle d’amis ou des infos sur l’ex [00:29]
- Ego : « s’il/elle reste ami·e, c’est que je compte encore » [00:31]
- Utiliser l’ex comme « doudou » de secours — « au cas où » [01:08]
Tant que ces raisons dominent, l’amitié n’est pas libre. C’est une relation non terminée.
Quand l’amitié peut être saine
Une amitié post-couple devient crédible quand le deuil est fait — souvent des deux côtés [00:59]. Signes concrets :
- Plus (ou très peu) de jalousie
- Capacité à se réjouir que l’autre aime ailleurs [00:46]
- Respect des limites, sans agrippement
- Lien libre : pas de panique s’il/elle ne répond pas tout de suite [00:39]
- Pas d’attente secrète de remise en couple [00:57]
Autrement dit : l’ex devient un ami parmi d’autres, pas le centre émotionnel de votre vie [00:39].
Le test de sincérité
Exercice proposé en conférence [00:41] : imaginez que demain votre ex annonce qu’il/elle est profondément amoureux·se et va emménager avec quelqu’un. Que se passe-t-il en vous ?
- Soulagement, joie sincère → le deuil avance
- Colère, jalousie, effondrement, comparaison avec la « rivale » → l’attachement tient encore [00:42]
Autre outil : deux colonnes — ce que je gagne à rester ami / ce que ça me coûte (estime, énergie, capacité à reconstruire) [00:52]. Si la colonne « coût » déborde, ce n’est pas le moment.
Question-clé [00:57] : « Si j’étais certain·e qu’on ne se remettra jamais ensemble, est-ce que je voudrais encore être ami·e ? » Si la réponse est non, l’amitié masque autre chose.
Distance d’abord, amitié peut-être ensuite
Quand l’attachement est fort, l’éloignement n’est pas une punition : c’est souvent nécessaire au deuil [01:04]. On peut garder des échanges « adultes » (enfants, logistique) sans émotionnel collant [00:38]. Puis, plus tard, si les deux sont libres, une amitié réelle peut naître.
Attention particulière : après une relation toxique ou violente, rester ami est rarement une bonne idée — cela empêche de lâcher et entretient la souffrance [01:01].
Ce qui est juste pour vous
Pas de dogme. Pas de réponse toute faite. Seulement une exigence : l’honnêteté intérieure [00:13]. Rester ami avec un ex peut être une évolution belle de la relation — ou une façon de ne pas descendre du train. À vous de sentir laquelle des deux vous habite vraiment.









